When the Lights Go Out

De la musique, du cinéma, des rencontres, des endroits, des lectures ; tout ce dont on se rappelle quand on ferme les yeux.

08 février 2007

Le monde de Sofia

Marie Antoinette a été sifflé à Cannes.

Marie-Antoinette avait été méprisée à son arrivée à Versailles.

Sofia Coppola a été sifflée à Cannes.

Sofia Coppola avait été méprisée à la sortie du Parrain III, pour le rôle de Mary Corleone.

Le monde est trop sérieux pour les petites filles comme Marie-Antoinette et Sofia.

Mais qu'attend-on d'elles, exactement ? Du génie ? De la majesté ? Une révolution ? Pour ce qui est de Marie-Antoinette, la révolution s'est faite contre elle, malgré elle. Le peuple l'a décapitée pour lui faire goûter à la réalité. Faute de moyens et d'ambition, le peuple d'aujourd'hui crie : "remboursez !" à Sofia. Mais rembourser quoi, au juste ? Que nous doit Sofia Coppola ?

C'est une aristocrate, elle est née avec une cuiller en or dans la bouche, elle n'a jamais connu de difficultés, tout lui est dû... elle doit donc payer.

Et comment lui faire payer sa liberté, sa légèreté, son arrogance autrement qu'en lui rappelant qu'elle est insignifiante, quelconque, qu'elle est comme nous, qu'elle fait partie du peuple ?

Les filles comme Marie-Antoinette et Sofia sont nées pour être descendues.

Quand on est de basse extraction, on aspire à s'élever. Et les êtres désignés comme supérieurs, on espère qu'ils tombent, qu'ils se ramassent. Mais quelle faute ont-ils commise, au juste, ces anges déchus ? De ne pas être à la hauteur ? A la hauteur de quoi ? du rang ? du père ?

Marie-Antoinette n'a rien fait d'autre qu'exister, à une époque où tout le monde voulait exister et pour cela il fallait la descendre, elle et ceux de sa race.

Sofia Coppola, depuis son premier film en tant que réalisatrice, ne parle que d'elle. Et elle en parle magnifiquement. Comment expliquer les sifflets et les quolibets, alors, autrement que par la jalousie ? Tout le monde rêve d'être à sa place et personne ne comprend qu'elle est irremplaçable. Que c'est justement son parcours de pauvre petite fille riche qui fait ce qu'elle est. Et au lieu de la remercier de vouloir partager cela avec tous, tous lui en veulent de ne pas avoir vécu sa vie.

Quand Sofia se raconte à travers Marie-Antoinette et quand elle raconte Marie-Antoinette à travers elle (le principe même du film d'auteur), on ne peut être qu'émerveillé par autant de résonance, de vérité, d'honnêteté.

Siffler Marie Antoinette, c'est nier l'existence d'autrui, c'est se placer au dessus de tous, c'est se croire supérieur alors qu'on est petit.

Huer Sofia Coppola, c'est réclamer justice, mais la véritable injustice c'est de réclamer aux autres de ne pas être exceptionnel et de rester comme soi, médiocre.

Posté par A Dude à 13:45 - Moins grand écran - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


02 janvier 2007

Zak Attack !

most_accuratePour cette nouvelle année (meilleurs vœux, au fait), je me décide enfin à mettre en ligne l’interview d’un être d’exception, l’artiste Zak Smith, que j’ai réussi à joindre il y a deux semaines, maintenant.
Zak Smith est un jeune artiste de 30 ans, il est passé par Yale, il adore la littérature et ça lui arrive même de tourner dans des films pornos indépendants (aucune démarche artistique là-dedans, cela dit).
C’est un Punk, il est bardé de tatouages de la tête aux pieds et a les cheveux verts (sur sa page internet, en tout cas, ils ont peut-être changés de couleur depuis).
Comme je suis moi-même un gros lecteur, quand j’ai appris qu’il s’était amusé à illustrer Gravity’s Rainbow (L’arc en ciel de la gravité), de Thomas Pynchon, j’ai eu un choc : je ne savais même pas qu’on pouvait réussir à lire du Pynchon, alors quelqu’un qui était allé jusqu’à le relire, encore et encore, puis illustrer chacune des 760 pages du roman, ça ne pouvait qu’attirer mon attention.
D’un autre côté, Zak, qui était pour le coup exposé au Whitey Museum de New York après son exploit et qui vient de voir toutes ses illustrations réunies dans un recueil aux Etats-Unis toujours pas disponible ici, mais déjà disponible là-bas, commence a attirer l'attention de beaucoup beaucoup de monde…

Salut, Zak. Je viens de passer une après-midi entière à parcourir les 760 illustrations que tu as faites pour L’Arc-en-ciel de la gravité et je dois dire que je suis soufflé. A quel point ce travail était-il indispensable pour toi et combien de temps as-tu mis à le réaliser ?

Ça m’a prit neuf mois en tout. Au départ, je faisais une ou deux illustrations par jour avant de me remettre à d’autres projets en cours, et puis j’ai fini par m’y mettre à 100 % à raison de 14 heures par jour.
C’était un projet important pour moi parce que ça m’a poussé à pratiquer toutes sortes de dessins et peintures – j’ai beaucoup appris. La raison pour laquelle je me suis lancé là dedans (bien des années après avoir lu Gravity’s Rainbow pour la première fois) c’est que je me suis rendu compte qu’il y a avait énormément de choses qui me fascinaient qui étaient évoquées dans ce livre. La façon de traiter l’histoire, la sexualité, comment le monde réel semble de plus en plus relever de la science fiction, comment il devient de plus en plus irréel, ainsi que la complexité du monde en général. Faire ce travail a été une manière de me sortir toutes ces choses de la tête.

J’ai essayé de lire Mason et Dixon, récemment et je suis resté bloqué sur les premières pages pendant des jours. On reconnaît les mots, on comprend même les phrases, mais c’est comme si le sens nous échappait constamment. As-tu ressenti cela, en lisant Gravity’s Rainbow et si oui, est-ce que l’illustrer t’a permis de mieux comprendre le texte ?

En fait ce qui m’a poussé à faire ces illustrations est qu’en lisant Pynchon, je me disais constamment : « qu’est-ce que c’était que ce truc ? J’ai rêvé ou quoi ? ». J’ai participé à une conférence sur Pynchon, à Malte et j’ai sorti ça à tous pleins d’universitaires et érudits et ils se sont tous mis à rigoler, genre « j’ai connu ça, aussi ». Ce sont des images fugaces, des concepts qui émergent d’on ne sait où, et mon but était de les saisir au mieux.

J’ai un ami qui ne peut pas s’empêcher d’écrire des commentaires dans tous les livres qu’il lit, comme s’il dialoguait avec l’auteur, il va même jusqu’à écrire des trucs comme « tu peux pas dire ça ! ». As-tu ressenti ce besoin, en illustrant Pynchon, ou était-ce juste un rapport avec le livre et non l’auteur ?

Je fais exactement la même chose – je dessine même de petites flèches en bas de page pour retrouver mes commentaires. Tous mes livres de Borges ressemblent à la bataille de Hastings.

214

A propos de dialogues, il y a une illustration qui me touche particulièrement, c’est la 214 : « le genre de coucher de soleil qu’on ne voit pratiquement plus », c’est comme si tu disais à l’auteur : « ne t’inquiète pas, je m’en occupe ». Et non seulement tu lui apportes un sublime coucher de soleil sur un plateau, mais en plus, tu lui montre que t’es à la hauteur de son texte…  Est-ce que son approbation était importante, pour toi ?

Je n’attends d’approbation de personne. Si j’avais dû choisir un boulot qui consistait à faire plaisir aux gens, j’aurais pu en trouver d’autres qui paient bien mieux que le mien et qui en plus ont une mutuelle. Les dessins que je fais, il faut qu’ils me donnent envie à moi. Si je pouvais refaire ce coucher de soleil, par exemple, je le referais sans hésiter. Il me paraît trop aqueux et éphémère, maintenant. Ce n’est pas une aquarelle, mais ça y ressemble un peu. J’aurais aimé que le résultat soit un peu plus solide. Ça ressemble beaucoup trop à ce que j’attendais.

107Ce qui me sidère, c’est la ressemblance entre le travail de Pynchon et le tien. La n°107, par exemple : au départ, tout est confus, on ne voit que des lignes qui n’ont aucun sens, puis elles finissent par se révéler, petit à petit, pour devenir une évidence, comme avec le style de Pynchon. Cette illustration me fait penser au « Nu descendant un escalier », de Duchamp, d’ailleurs, dans la composition. Comment as-tu décidé quel style, quel matériau, voire quel media allais-tu utiliser selon les illustrations que tu allais faire ?

Ce qui m’intéressait le plus, c’était justement de faire quelque chose qui soit à la fois confus et beau. Si j’arrive à attirer le regard alors les gens vont avoir la démarche de regarder de plus près pour comprendre ce qu’il y a de caché. Et cette démarche de déchiffrage fait partie de toute une expérience – un peu comme on résoudrait une énigme. Pynchon écrit de cette manière-là et moi-même j’essaie de dessiner comme cela. J’imagine que l’écriture de poèmes procède de la même façon.

En ce qui concerne les media, ça s’est passé de plein de manières différentes. Pour certaines illustrations, je savais tout de suite comment je m’y prendrais (« je vais faire une peinture, c’est évident ! »), et pour d’autres, je faisais des esquisses jusqu’à ce que je trouve ce qui marcherait le mieux. Celle où on voit Slothrop en train de fumer une cigarette vêtu d’un costume de cochon était très claire dans ma tête, mais la plupart des illustrations que j’ai faites de gens qui sont simplement en train de discuter m’ont demandé beaucoup de brouillons pour que je trouve un angle d’approche intéressant.

184Page 184, tu mets en image le mot « refulgence » (qui brille de mille feux), de la façon la plus absolue qui soit. Comment arrives-tu à ce résultat ? De ce que je connais de ton œuvre et de ta personne, j’oserai dire que tu essaies à tout prix d’incarner le néon, que ce soit la couleur de tes cheveux ou les couleurs utilisées dans tes tableaux. Comment fais-tu pour insuffler autant de lumière dans ton œuvre ?

En fait, j’ai une chemise hawaïenne identique à celle-ci. Tout le monde plisse des yeux quand je la mets. Je me suis contenté de la prendre comme modèle, voilà tout. Cette sorte de lumière qui émane de mes tableaux vient du fait que j’utilise de la peinture acrylique très diluée sur fond blanc que j’entoure de couleurs plus foncées – ça ressemble un peu à du verre teinté.

355Je sais que tu lis énormément et que c’est pour toi une source d’inspiration. Pourtant, j’ai l’impression qu’en plus d’alimenter ton imagination, les mots sont pour toi comme des défis et t’invitent à te dépasser. Par exemple, page 355, tu vas lire « il peut choisir tout ce qui va de transparent à opaque » et du coup tu vas décider de rendre ça en image. Il faut que je sache, comment tu fais ça ? A quel point ça te touche et comment décides-tu de mettre ces mots en image ?

C’est exactement ce que tu dis, pour moi, c’est un défi. A quoi ça peut ressembler, quelque chose qui est à la fois transparent et opaque ? A quoi ça ressemble, quelque chose qui tient à la fois du serpent et de la molécule ? C’est ça qui est excitant. Parfois, c’est une question de chance. Parfois, j’essaie des trucs jusqu’à ce que ça marche. Lire Pynchon, pour moi, c’est  un peu comme lire la présentation d’une exposition d’art et c’est à moi de fournir les œuvres qui vont avec.

Ce qui peut m’arriver de mieux c’est d’arriver à faire quelque chose de vraiment nouveau que je puisse utiliser après. Par exemple, j’ai découvert une technique en illustrant Imipolex G, et depuis, je l’ai recyclée à plusieurs reprises quand je faisais de la peinture abstraite.

Qu’est-ce que c’est, exactement, page 404 ? On dirait qu’il y a de la colle, des objets…

404Au départ, je voulais créer un mandala à partir d’un circuit imprimé et de la colle chaude pour assembler le tout. C’est partie en sucette, on voit pas trop à quoi ça ressemble, en photo, donc on voit pas trop le lien avec le texte du livre.

En parcourant les illustrations, ma fille de six ans voit la page 410 et me dit «c’est la lune ! ». C’est dingue, non ? Savais-tu, en dessinant la lune de cette façon, que le résultat serait aussi évident, aussi limpide ?

On ne peut jamais être sûr de ce que les gens vont voir, mais c’est pareil pour le texte de Pynchon. Il est souvent fait allusion à des hallucinations qu’une personne a mais que d’autres ne voient pas. Je voulais que les illustrations fonctionnent de cette même manière. Jette un coup d’œil à l’ange de Saint Blaise et au dragon dans les nuages. Mon but était qu’ils fassent penser à des tests de Rorschach.

410

628L’illustration 628 me fait penser à du Edward Hopper, avec ses personnages à la fois présents et absents. La double page 192-193 me fait penser à Nighthawks, également. Dirais-tu que ton art est très américain, dans ses thèmes, le choix des couleurs, de la composition ?

Je ne sais pas à quel point mon art est « américain ». Je pense avoir aussi beaucoup de choses en commun avec des artistes japonais et européens, mais Gravity’s Rainbow, c’est avant tout une sensibilité Jazzy propre aux Etats-Unis des années folles qu’on aurait largué au beau milieu de l’Europe. Ce bar évoque plus une nostalgie des pizzerias typiques de Chicago qu’autre chose, pour moi. J’ai toujours pensé que ça aurait été sympa que Richard Lindner illustre Gravity’s Rainbow à ma place. C’est un Allemand qui a émigré aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale et qui a peint des tableaux psychédéliques et hauts en couleurs de femmes vêtues de latex violet – ça aurait donné quelque chose d’intéressant. Mais comme il ne l’a pas fait, je m’y suis collé.

192193

Tu connais la HOLGA? Cet appareil photo ultra cheap et customisable à l’envi qui laisse passer la lumière et qui fait des photos sublimes ? Parce que certains dessins, comme la page 692, ressemblent aux images qu’on obtient avec cet appareil – flou, surexposé… Comment arrives-tu à ce résultat, pour un dessin ?

692Ah, la HOLGA ! Des amis en avaient au lycée. Ça coûtait 10 dollars, c’était tout en plastique… Enfin… Oui, les images floues sont faites grâce au procédé appelé copie contact pour lequel on n’a pas besoin d’appareil photo mais il faut un agrandisseur. Tout est chimique, on n’utilise pas d’ordinateur. Sans trop entrer dans les détails techniques, on met un dessin à la place d’un négatif, la lumière passe au travers à la manière d’un rayon X, et le résultat donne une photo tirée à partir d’un dessin.

Man Ray utilisait cette technique dans ses photogrammes, ces images où on voit le contour de sa main. Mais autant que je sache, j’ai été un des premiers à l’utiliser autant avec le dessin et la peinture. Si tu peux voir à travers un dessin en le rapprochant d’une ampoule, tu peux en tire une copie contact.
Je fais plus trop appel à cette méthode, je trouve ça plus marrant de faire croire que mes peintures sont tirées de photo que le contraire.

Je me demandais, c’est Nixon et toi, sur la 755 ? Ça doit être l’illustration la plus terrifiante du livre ! C’est ton pire cauchemar, d’être enlevé par Nixon ?

Mon pire cauchemar implique plein de limaces, en fait…
Comme je l’ai déjà dit lors d’une précédente interview, mon projet était de dessiner ma vision des scènes telles qu’elles ont été écrites. Comme la phrase parle de  « toi » (« il t’installe à bord de la Volkswagen noire de fonction »), j’ai compris qu’il parlait de Zak Smith. Si Alan Greenspan avait fait les illustrations on aurait eu un dessin de lui en train de renter dans une Volkswagen.

755

D’ailleurs, il y a un autre passage où Pynchon utilise la deuxième personne du singulier. Vers le début, il parle de « toi, qui te fais arracher un bras », et donc on me voit avec un bras arraché, mais comme je suis tourné vers la gauche, on ne reconnaît pas ma coupe de cheveux (j’ai des cheveux sur le côté droit de ma tête mais pas du côté gauche et tout le monde croit que j’ai un iroquois).

Je crois que je pourrais continuer à t’embêter des heures durant avec mes questions existentielles, mais tu as compris où je voulais en venir, puisque ton boulot m’a époustouflé et comme je ne comprenais pas comment tu avais pu réaliser une chose pareille, je me suis dit que la meilleure solution était de trouver les réponses à la source. Merci énormément pour ton temps et j’espère que nous aurons la chance d’avoir bientôt une expo de tes œuvres ici en France car même si Internet, c’est sympa, rien ne vaudrait le plaisir de voir tes œuvres en vrai.

Merci !
-Zak

Posté par A Dude à 17:42 - Beaux-Arts - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2006

Sonic Youth live au Zénith

livesonicyouth1


Opening Act - Dinosaur Jr

En 1987, chacun était parti de son côté. J Mascis avait gardé le nom du groupe et allait continuer, pendant vingt ans, à jouer héroïquement de la guitare sur de la musique grunge-bruitiste-épique. Lou Barlow, quant à lui, continuerait ses expérimentations Low-Fi dans sa cuisine, au sein d'un groupe encore plus culte que Dinosaur - Sebadoh.
Pour leurs retrouvailles, ils se sont fait un trip régressif : ils allaient piocher dans ces trois premiers albums communs sortis dans les années 80.
J avait ressorti sa pédale Flanger pour mieux inonder le Zénith de sa présence, et les solos se sont enchaînés avec un seul mot d'ordre : aucune limite.
Ils s'étaient même permis de réquisitionner Lee Ranaldo, de Sonic Youth, donc, pour chanter sur Little Fury Things, comme il l'avait fait il y a tout juste 20 ans. Pendant cinq minutes, la foudre et le tonnerre s'abattait sur le Zénith, c'était magique. Pluie de décibels, tourbillon de riffs, de notes, de mélodies sublimes et saturées, torturées, triturées.

Jay A la fin de leur trop bref concert, il fallait se pincer pour le croire ; le fantôme qui venait de hanter la salle de ses hurlements fantasmagoriques était bien un être de chair et d'os. Même si, derrière sa chevelure, personne  n'aurait pu dire à quoi il ressemblait exactement.







Changements sur la scène, mais pas de changement de décor.

Sonic Youth arrive enfin, au plus que complet, d'ailleurs, car ils sont accompagnés d'un jeunôt à la basse, Kim Gordon préférant jouer de la six cordes depuis quelques années.

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Ils commencent par du vieux, enchaînent sur du moins vieux, repartent sur du très vieux et glissent sur du nouveau. Là aussi, beaucoup de bruit, grâce notamment aux trois guitares, une voix fêlée pour Thurston Moore mais la joie évidente d'être à Paris. Kim, elle, danse dès qu'elle peut, d'une façon mi-fillette, mi-endiablée, ça la rend terriblement attachante.

De leur passage, on garde une impression étourdissante, comme si on venait de passer sous une avalanche. Les guitares de Lee et de Thurston dialoguent entre elles et quadrillent l'espace, pour mieux encercler le public, la batterie de Steve Shelley réduit à néant toute opposition et on ne peut que se pâmer devant un tel bonheur.

En production musicale, on parle volontiers de "mur du son" pour évoquer l'arrière-plan d'un morceau tellement bien construit, qu'il en est "efficace", voire "imparable".

En ce qui concerne Sonic Youth, leur son est tellement efficace et imparable, que je penche plutôt pour une déconstruction, une atomisation de ce "mur". Un barrage explose à chaque fois qu'ils sont sur scène et le mercredi 13 décembre 2006, ils ont englouti le Zénith sous un véritable déluge.


Posté par A Dude à 20:34 - aovivo - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 novembre 2006

SPEARMINT !

Du son !              Du neuf !               Du frais !

Bon, même s'il ne s'est pas formé hier, Spearmint est un groupe qui se réinvente sans cesse et comme personne ne les connait en France, on peut quand même parler de relative nouveauté. Pourtant...

Depuis 1995, les membres de spear ont sorti plein d'albums, fait plein de tournées et fait leur petit bonhomme de chemin, en se posant plein de questions mais sans jamais se prendre la tête. Leur approche de la musique est simple : faire de la musique comme si c'était la première fois ("First Time Music", nom du 1er single de leur dernier album, Paris in a bottle). Toutefois, comme ils sont là depuis un moment, ils le font avec talent.

Ça donne quoi ?

°

En France, on semble bouder la pop anglaise. Tout ce qui vient de yoU Kay doit avoir une attitude, doit être mauvais garçon et doit chanter court et peu et vite et énergiquement. Et tant pis si ça (s')épuise y en a d'autres derrière pour renouveler.

Spearmint, qui ne fait rien comme les autres, fait donc de la pop posée (berk, pas punk !), réfléchie. Conceptuelle, quoi. D'ailleurs, le concept est quelque chose qui revient souvent chez Spearmint, car après avoir sorti un album autour du thème de la relation amoureuse (le début, le milieu, la fin), A different Lifetime, ils remettent ça avec, sur leur dernier album, des fils qui se tissent entre les chansons.

First Time Music, la première piste, raconte l'aventure de deux ados débarquant à Paris pour chanter dans la rue, leur rencontre avec deux jeunes filles et la nuit qui suivit.

Paris in a bottle, la dernière, raconte la même histoire mais du point de vue d'une des deux filles - et en français, donc.

First Time Music est exemplaire car elle rassemble des tonnes d'influences et de courants et elle est pour moi l'essence même de la pop.

Pour finir, et comme ils sont sympas chez Virgin, j'ai même réussi à joindre Shirley (c'est le nom du chanteur, ça ne s'invente pas) pour une interview.

Spearmint, l'interview

« First Time Music » me fait penser à une traversée de l’histoire de la pop, c’est comme si des milliers de chansons résonnaient dans votre morceau. Pourrais-tu dire quelles ont été vos influences quand vous l’avez composé ?

Shirley:

Je ne sais pas si on peut parler d’un artiste en particulier, disons que nous avons plutôt absorbé tout un courant et certaines références se voient plus que d’autres. Notre ambition était de faire une petite symphonie pop, une sorte de comédie musicale… Oui, ça fait penser aux albums de Scott Walker ou The Style Council. Mais son côté léger c'est plus The Go Betweens…

moi:

On se demande souvent quelle est la part de fiction et de réalité dans l’œuvre d’un auteur. Ton épopée parisienne est complètement inventée ou tu es vraiment venu faire la manche ici quand tu étais adolescent ?

Shirley:

Oui, je suis vraiment venu à Paris pour chanter dans la rue alors que j’étais adolescent… avec un certain Graham. Tout ça, c’est vrai. Cela dit, je l’ai un peu embelli, je l’ai un peu exagéré, mes souvenirs se sont peut-être emmêlés un peu, il y a aussi des souvenirs d’autres personnes qui sont venus se greffer par-dessus, et j’ai certainement dû en rajouter !

moi:

« Keep making first time music » (qu’on pourrait traduire par « continue à jouer de la musique comme si c’était la première fois) : j’adore ces paroles. J’ai l’impression que ce qui compte le plus pour vous c’est de jouer et rien d’autre. Vous comparez-vous à d’autres groupes qui ne font pas partie de la scène indé et qui subissent des pressions commerciales ? Vous préoccupez-vous de votre « carrière » ou vous composez de la musique sans penser à tout ça ?

Shirley:

Notre seule préoccupation est de jouer de la musique qui nous plaise. Notre ambition est de créer un son unique, qui ait une réelle valeur, qui nous donne envie de nous dépasser… Le plus important concernant notre carrière est qu’elle nous permette de continuer à sortir des albums, ça n’a aucune importance si on ne devient pas riche ou célèbre, toutes ces choses là, ça n’a aucune valeur à nos yeux…

moi:

Vous avez vraiment l’air de pas vous prendre la tête. Le single très enlevé qu’est « Psycho Magnet » commence sur un refrain à la Oasis et le reste fait penser à un mélange entre Suede, Elastica ou Pet Shop Boys (la Brit-Pop des années 90, pour résumer). As-tu déjà voulu explorer de nouvelles sonorités , comme le font Blur et Radiohead, par exemple, ou te sens-tu trop bien dans ta peau pour écrire de la musique dépressive ?

Shirley:

Franchement, on n’y pense pas… une des principales motivations du groupe a toujours été de faire de belles chansons pops dont les paroles aient également un sens. C’est intéressant que tu voies de la musique déprimante comme étant en avance sur son temps car c’est effectivement ce qui semble prédominer dans l’esprit des gens. Pour moi, la chanson pop parfaite dont les paroles vont t’interpeller est quelque chose de beaucoup plus difficile à composer, c’est un défi bien plus intéressant… Ce que je recherche chez les autres groupes, ce sont de belles mélodies sincères et touchantes. Et c’est ce que nous essayons de créer avec plus ou moins de succès ¦¬)

moi:

Pour finir, aussi bien vos chansons que vos albums sont très conceptuels et débordent d’intertextualité. Vos productions sont toujours irréprochables, comme si vous vouliez livrer un produit qui ait un sens en tant qu’objet fini. Avez-vous déjà été tentés de poursuivre d’autres projets dans le cinéma, l’écriture, le multimédia, la sculpture, où vous pourriez aller encore plus loin dans cette démarche artistique ?

Shirley:

Pour moi, un album est avant tout une collection de belles chansons, mais j’apprécie le fait qu’il y ait plusieurs grilles de lectures, que tu puisses être amener à réfléchir à leur écoute… on a envisagé de faire un film ou d’écrire un roman, mais je ne sais pas si on serait très bon, alors qu’on commence à se débrouiller question albums… J’ai le sentiment que si on s’accroche, on arrivera à quelque chose de vraiment unique !

moi:

Merci beaucoup pour ton temps et ta gentillesse, bonne chance pour votre album !

Shirley:

Merci à toi. Et merci pour tes encouragements, ça nous aide à avancer !

Shirl
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09 novembre 2006

His Name Is Earl

Adorée par la presse et par les télespectateurs américains depuis l'année dernière où elle a fait un début très remarqué, cette petite série aux épisodes tout courts est un pur bonheur. Et maintenant que Paris Première a décidé de la diffuser, on peut en profiter à notre tour.


De quoi s'agit-il ?

Earl (loser, voleur, menteur et fumeur) se fait renverser par une voiture deux secondes à peine après avoir gagné 100 000 dollars en grattant un ticket de jeu. Lors de sa convalescence, il apprend ce qu'est le "karma" et réalise que ce qui lui arrive lui pendait au nez. Il décide donc de faire une liste de toutes les vacheries qu'il a faites dans sa vie et de les "racheter" une à une.

On croirait pas comme ça, mais la recette fonctionne, et ce, grâce à une machine d'une précision qu'on pourrait qualifier de sublime.

Personnages + scénario + rythme + dialogue = my name is Pearl

Je pourrais bien sûr faire une liste des acteurs, des personnages, mais il faut les voir pour se rendre compte à quel point ce sont des clichés de l'Amérique profonde et à quel point ils sont drôles.
L'idée de départ est débilissime* mais le scénario n'en reste pas moins génial. Il y a une unité hallucinante dans chaque épisode, une forme parfaite évoquant l'oeuf (pour son côté rond et plein). Tout se répond, se répète, se pose et se relance dans un rythme imparable, qui est servi par une réalisation très rapide et pleine de gimmicks à la David Fincher (version MTV). Les dialogues, quant à eux, sont irrésistibles, chaque seconde, chaque réplique est mise à profit pour faire rire ou pour toucher.

En effet, la note en bas de post explique le pourquoi du comment, mais cette série a un but : mettre la pêche, filer la patate, donner la banane... Le plein de vitamines, donc, grâce à quoi ?
Grâce à un pauvre type qui a une épiphanie et qui décide de faire le bien autour de lui, car il est grand temps de réparer les erreurs commises.

*Débilissime car le but inavoué de la série est de promouvoir la spiritualité. En effet, Greg Garcia (le producteur), Jason Lee (Earl Hickey), Ethan Suplee (Randy Hickey et accessoirement beau-frère de Juliette Lewis qui fait une apparition dans un épisode), sont tous scientologues et les rumeurs vont bon train sur la mission de cette série pas si innocente.
En sort-on grandi, changé, délesté de son argent ? Non, mais il faut juste le savoir, et ça n'empêche pas de passer un bon moment, ce qui prouve à quelle point cette production est (quasiment) irréprochable.

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29 octobre 2006

Coupure Pub

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24 octobre 2006

Sacha Baron Cohen

Ce nom ne vous dit rien et pourtant vous ne connaissez que lui. Vous vous demandiez déjà qui était ce faux rappeur/DJ après l'avoir aperçu dans le clip "Music" de Madonna, en 2000. Et maintenant qu'on ne parle que de ce journaliste kazakh qui aurait fait une virée aux Etats-Unis pour promouvoir son pays, vous vous dîtes qu'il y a comme un truc...

SBC

Comment cet ancien militant du Habonim Dror (mouvement de gauche qui oeuvre entre autres pour la paix entre Israéliens et Palestiniens), qui a fait sa thèse à Cambridge sur les activistes des droits civiques aux Etats-Unis dans les années '60 et les liens qui unissaient les communautés juives et noires, et qui a passé un an dans un kibboutz en Israël pour mettre en pratique ses idées socialistes a pu se transformer en ces immondes personnages que sont Bruno, le fashion policier autrichien, Ali G le DJ et Borat le journaliste kazakh ?

Tout commence à Cambridge, où il poursuit des études d'histoire, mais fait surtout partie de la prestigieuse troupe de théâtre Cambridge Footlights ; il commence par jouer au théâtre et fini à la télévision, sur Paramount Comedy Channel, où il joue des sketches de quelques minutes.

C'est là qu'il va créer et développer ses personnages : Ali G, le rappeur blanc qui se prend pour un Jamaïcain et qui interviewe les hommes politiques et les peoples de manière irrévérencieuse, ou encore Borat, le journaliste sexiste et antisémite.

La force de Sacha Baron Cohen, c'est qu'il ne s'arrête jamais. Là où n'importe quel acteur retrouve son vrai "moi" en quittant les plateaux, lui assume ses rôles entièrement, jusqu'à déranger (parfois jusqu'à la nausée).

CANAL -

J'ai râté l'apparition du forcené dans Le Grand Journal, donc je n'ai pas pu constater de visu le malaise qu'il a créé, mais d'imaginer qu'il a fallu que Denisot rappelle toutes les cinq minutes que c'était un sketch démontre à quel point les artistes se font de plus en plus rares, de nos jours. Canal plus n'est plus, c'est officiel. Dommage pour la télévision française.

Quand un mec comme Joey Starr sort dans une interview que Sarkozy ferait mieux de tenir sa femme et alors il tiendra la France, il n'y a personne qui bronche. Quant Arno Klarsfeld dit que tous les Palestiniens sont des terroristes, on écoute en bâillant, sans réagir.

Mais quand un personnage comme Borat déboule dans une émission et refuse de parler à une journaliste parce que chez lui, les femmes doivent se tenir à dix mètres derrière leur mari, ou qu'il offre fièrement des poils pubiens au présentateur ou encore qu'il explique qu'il faut éliminer les Juifs parce qu'ils sont responsables du 11 septembre, alors là, c'est l'émoi, il faut expliquer au télespectateur que c'est pour "rire".

Qu'on aime ou qu'on déteste les personnages incarnés par Sacha Baron Cohen (personnellement, je les déteste), on ne peut que saluer le brio et la force qu'il déploie pour s'imposer de telle manière à nos media formatés. Il a cette force de caractère que seuls ont les hommes et femmes politiques, qui en imposent et qui arrivent à imposer leur point de vue, leur message, sans être contredits ou peu, pour la forme.

Man on the Moon

Alors bien sûr, il n'y a aucun message pour l'instant chez Sacha Baron Cohen mais la démarche artistique rappelle étrangement celle d'un certain Andy Kaufman, qui avait une haine viscérale pour la télévision, pour les sit-coms et qui refusait d'être pris pour un comique car il se considérait un artiste à part entière. En son temps (les années '70), il avait créé une galerie de personnages plus dérangeants les uns que les autres et tout le monde se faisait avoir par ses "coups" (il en était bien souvent la première des victimes, d'ailleurs, puisque toutes les portes se sont refermées devant lui).

Sacha Baron Cohen nous réserve bien des surprises et, au vu de son curriculum, quant à moi, je suis rassuré. Je ne sais pas si j'irai voir BORAT : Cultural Learning of America for Make Benefit of Glorious Nation of Kazakhstan, qui sort le 15 novembre en France, mais je sais que de tout temps nous avons eu besoin de clowns et que celui-ci vaut vraiment le détour, malgré le dégoût que peuvent inspirer ses différents personnages.

Posté par A Dude à 15:14 - To be or not to be - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 octobre 2006

BUBBLE

Poup_e

Aux Etats-Unis, il y a les réalisateurs qui tournent des blockbusters, et il y a ceux qui tournent des films indépendants. Et puis il y a Steven Soderbergh (il y en a sûrement d'autres, hein, je peux me tromper).

Lui, alors qu'il venait de cartonner avec Hors d'atteinte, Erin Brockovich, Traffic et Ocean's Eleven, il se lançait dans Full Frontal où il explorait les différentes strates de la fiction. Et aujourd'hui, après Solaris et Ocean's Twelve, il remet ça en allant filmer ce fait divers au fin fond de l'Ohio en embauchant des acteurs amateurs sur place et en tournant chez eux pour minimiser les coûts de production.

Kyle, la vingtaine, et Martha, la quarantaine, sont collègues dans une usine de fabrication de poupée. Ils sont pauvres et ça se voit. Ils n'ont pas d'avenir et ça suinte à l'écran. Ils n'ont aucune aspiration dans la vie et c'est pas cool. On suit leur quotidien pendant une vingtaine de minutes qui paraît une éternité.

Un jour, Rose, une jeune maman, est embauchée et Martha la voit d'un mauvais oeil. La tension monte, monte, et là...

Ce film est tout simplement hallucinant. Ce n'est même pas un film, c'est une expérience. Il est aussi beau que chiant, angoissant que terrifiant. A l'heure où nous sommes inondés de toutes parts par des films d'horreur de pacotille, Bubble dérange, crée le malaise, glace avec beaucoup plus d'efficacité que n'importe lequel d'entre eux (je suis prêt à prendre les paris).

Parler de Bubble est un exercice difficile. Il n'a rien pour lui. La musique n'est pas terrible, les acteurs sont inconnus (et pourtant excellents), les dialogues sont navrants (-ça va ? -ouais, et toi ? - moi, ça va), et pourtant c'est un film magnifique. C'est comme d'assister à une épiphanie.

Alors que les documentaires gagnent de plus en plus de public, ce film - une fiction, donc - apporte lui aussi sont lot de révélation sur une société qui va mal, qu'on ne peut pas voir mais surtout qu'on ne veut pas voir.

Merci, donc, à Steven Soderbergh, pour son coup de projecteur salutaire et éclairé, et désolé (à l'auteur et aux lecteurs-lectrices de ce post) d'avoir fait l'impasse sur dix minutes du film mais c'était trop insoutenable. C'est pas terrible et pas très courageux, mais ça prouve une chose, ce film a une force de frappe hors du commun !

De plus, il se joue encore ici.

Posté par A Dude à 16:53 - Vite ! Au cinéma ! - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 octobre 2006

BRICK

brique

The Brick and The Brock

En 1996, Rian Craig Johnson a 23 ans et un diplôme de fac de ciné en poche : il ne perd pas une seconde et décide de s'attaquer à son premier scénario. Grand fan de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett, il veut écrire un film noir (polar en français) mais pour mieux coller au style des maîtres du genre (et aussi parce qu'il n'a pas de logiciel scénaristique et qu'écrire sur word un scénario devient vite une véritable torture), il se tourne vers l'écriture d'une nouvelle.
Ecrite à la première personne, cette première ébauche qui ne sera presque pas retouchée (hormis quelques dialogues et surtout le titre, raccourci car The Brick and The Brock était jugé détestable par ses collaborateurs) devient presque dix ans plus tard un film transgenre, où les années 40 et 90 se télescopent et se rencontrent sur le terrain du teen-movie.

Not another teen-movie

Pourtant, Brick est tout sauf un teen-movie : si les protagonistes vont au lycée, on ne les voit jamais en cours, on ne les voit jamais faire du sport ni danser au bal de fin d'année. Ils errent dans des couloirs déserts, ne vivent pas au rythme des sonneries et se retrouvent de préférence à la nuit tombée. Au lycée de San Clemente, en Californie, le soleil ne brille jamais, il se tient derrière les nuages ou, au mieux, se couche.

Film Noir

C'est donc à un véritable policier auquel on a affaire ici. La galerie de personnages atteste de l'attachement presque académique au genre. Le privé ; il porte en lui une profonde blessure qui le rend obsessionnel, froid et diablement attachant (joué par Joseph Gordon-Levitt, acteur hors-du-commun-au-talent-immense révélé en 2004 par son rôle dans Mysterious Skin). La femme fatale ; sublime, aguicheuse, double-jeu et folle amoureuse du héros (Nora Zehetner, qu'on a très envie de revoir au plus vite). L'indic ; il sait tout, c'est à la fois l'acolyte et l'admirateur du privé. Le caïd ; on ne parle que de lui, mais personne ne sait qui il est ni à quoi il ressemble. Le flic ; joué par Shaft himself (pas Samuel L Jackson, non : Richard Roundtree, le Shaft de 1971), qui hausse le ton et menace le privé après avoir essayé de se le mettre dans la poche.

L'histoire

Le film s'ouvre sur une Ophélie gisant morte dans un cours d'eau. Brendan, qui ne vivait que pour elle, va se lancer à tombeau ouvert dans la quête de l'assassin qui le mènera dans le monde sous-terrain de sa paisible ville. Petites frappes, brute épaisse, garce manipulatrice, entretien musclé avec le proviseur ("le flic") : sa descente aux enfers -typique du genre- l'amènera à découvrir l'horrible vérité, mais aura-t-il droit au salut final ?

J'ai plus de repères

Tous les personnages à l'exception du proviseur sont des ados, pourtant catapultés dans un monde adulte, sans réels repères. Comme lors de ce goûter où le bon, la brute et le truand se retrouvent en surface autour d'un jus de pomme après une scène lynchienne en sous-sol, d'une rare violence. Le montage en flashbacks ajoute encore à la confusion et à la perte de repères. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si l'on voit le héros passer son temps à regarder l'heure, en une vaine tentative de maîtriser le cours des événements. Et s'il semble toujours se tirer d'affaire, ce n'est qu'en apparence, car il ne peut échapper à son sort.

J'ai oublié de vous dire

Enfin, on ne peut pas évoquer Brick sans parler des dialogues, délicieusement surannés, qui sortent comme par magie de la bouche d'ados des années 2000, ni de la photographie, qui fait plus penser à la noirceur de Blue Velvet qu'à la fraîcheur de Virgin Suicides.
Noirceur, désespoir, froideur : c'est du film noir, on ne le programme plus nulle part, mais il reste toujours le DVD en import ou très certainement plus près de chez nous dès mars prochain, si vous pouvez tenir jusque là et si je ne me suis pas gourré dans mes calculs.

Posté par A Dude à 00:26 - Moins grand écran - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 octobre 2006

Encore de la musique, mais avec des images

Je vous ai fait croire que je me contenterai de critiques et voilà que je commence déjà à sortir les vidéos maisons. Eh, ça vous dit un petit film de vacances ?

Bon, d'un autre côté, ça m'est tombé dessus, comme ça sans prévenir, mon pruneau a dansé comme un dingue et ça m'a donné envie de faire de la musique avec mon pici et avec ma guitare (celle dont j'arrive pas à sortir de sons mélodieux et aériens et c'est pourquoi j'ai toute une batterie d'effets derrière).

Alors voilà, c'est tout de suite en appuyant sur play, c'est un peu long, mais ça fait du bien.

Posté par A Dude à 21:45 - Vingt-quatre ips - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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