When the Lights Go Out

De la musique, du cinéma, des rencontres, des endroits, des lectures ; tout ce dont on se rappelle quand on ferme les yeux.

08 février 2007

Le monde de Sofia

Marie Antoinette a été sifflé à Cannes.

Marie-Antoinette avait été méprisée à son arrivée à Versailles.

Sofia Coppola a été sifflée à Cannes.

Sofia Coppola avait été méprisée à la sortie du Parrain III, pour le rôle de Mary Corleone.

Le monde est trop sérieux pour les petites filles comme Marie-Antoinette et Sofia.

Mais qu'attend-on d'elles, exactement ? Du génie ? De la majesté ? Une révolution ? Pour ce qui est de Marie-Antoinette, la révolution s'est faite contre elle, malgré elle. Le peuple l'a décapitée pour lui faire goûter à la réalité. Faute de moyens et d'ambition, le peuple d'aujourd'hui crie : "remboursez !" à Sofia. Mais rembourser quoi, au juste ? Que nous doit Sofia Coppola ?

C'est une aristocrate, elle est née avec une cuiller en or dans la bouche, elle n'a jamais connu de difficultés, tout lui est dû... elle doit donc payer.

Et comment lui faire payer sa liberté, sa légèreté, son arrogance autrement qu'en lui rappelant qu'elle est insignifiante, quelconque, qu'elle est comme nous, qu'elle fait partie du peuple ?

Les filles comme Marie-Antoinette et Sofia sont nées pour être descendues.

Quand on est de basse extraction, on aspire à s'élever. Et les êtres désignés comme supérieurs, on espère qu'ils tombent, qu'ils se ramassent. Mais quelle faute ont-ils commise, au juste, ces anges déchus ? De ne pas être à la hauteur ? A la hauteur de quoi ? du rang ? du père ?

Marie-Antoinette n'a rien fait d'autre qu'exister, à une époque où tout le monde voulait exister et pour cela il fallait la descendre, elle et ceux de sa race.

Sofia Coppola, depuis son premier film en tant que réalisatrice, ne parle que d'elle. Et elle en parle magnifiquement. Comment expliquer les sifflets et les quolibets, alors, autrement que par la jalousie ? Tout le monde rêve d'être à sa place et personne ne comprend qu'elle est irremplaçable. Que c'est justement son parcours de pauvre petite fille riche qui fait ce qu'elle est. Et au lieu de la remercier de vouloir partager cela avec tous, tous lui en veulent de ne pas avoir vécu sa vie.

Quand Sofia se raconte à travers Marie-Antoinette et quand elle raconte Marie-Antoinette à travers elle (le principe même du film d'auteur), on ne peut être qu'émerveillé par autant de résonance, de vérité, d'honnêteté.

Siffler Marie Antoinette, c'est nier l'existence d'autrui, c'est se placer au dessus de tous, c'est se croire supérieur alors qu'on est petit.

Huer Sofia Coppola, c'est réclamer justice, mais la véritable injustice c'est de réclamer aux autres de ne pas être exceptionnel et de rester comme soi, médiocre.

Posté par A Dude à 13:45 - Moins grand écran - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

    exceptionnelle(s)

    QUOTE :"tous lui en veulent de ne pas avoir vécu sa vie."
    "tous" étant une certaine catégorie de journalistes, réjouissont nouS , donc d'être à même de partager cette vision ultra "libérale" ,gourmande et affamée de la talentueuse réal. américaine!

    Réjouissons nous du plaisir de l'attente ,et déguster à nouveau et jusqu'a épuisement ce bijou américain (eh oui)dans nos vidéothéques dés le 07 mars 07

    AMEN (please pronounce aymen !)

    Posté par Eivlys, 08 février 2007 à 22:17
  • Bon, ben on arrive pas trop à aller au ciné en ce moment, mais on va essayer de le voir !

    Juste une chose : c'est Air qui a composé la musique ?? )

    Posté par Chonchon, 10 février 2007 à 19:14
  • un grand moment de bonheur ce film, j'aimerais y retourner en te lisant!

    Posté par tomsotinezef, 10 février 2007 à 21:11
  • Pas d'accord

    Quels débuts prometteurs elle avait fait avec "Virgin Suicides", un film soigné où l'on baigne dans cette ambiance tellement particulière, décalée, morose, planante, plus légère parfois. On ressort un peu mélancolique.
    Puis est arrivé "Lost in translation", petit bijou de simplicité et d'émerveillement. On ressort du cinéma apaisé, léger, tranquille, amusé, rêveur. On se dit qu'on tient là une réalisatrice qui parle de choses simples avec finesse, humour et émotion.
    Elle s'attaque donc à M-A. Et là, on ressort déçu. Bien sûr, tjs ces délices visuels, moments de grace de l'image sur les séquences en nature, au ras du sol, avec les rayons filtrants, cette luminosité et ce cadre. Mais en reste une grosse indigestion de musique criarde, de costumes, de rose, de sentiments acidulés. C'était pourtant bien parti. J'ai énormément aimé les dix premières minutes, on se sentait tellement proche de cette jeune fille paumée, déchirée, qui doit affronter bien tôt ses responsabilitésavant. Puis il a fallu qu'elle bascule vers le pop-glamour-tendance, gigantesque clip MTV. Je ne pense pas faire preuve d'intolérance, elle a essayé de faire sa révolution et de dépoussiérer le genre. C'est ça aussi être un(e) artiste. Mais être un(e) artiste, c'est aussi parfois se planter pour repartir de plus belle. Vivement le quatrième

    Posté par Wilyrah, 12 février 2007 à 23:13
  • Et bien Wilyrah, je ne suis pas fan non plus de la B.O... mais Mr Brown l'écoute en boucle !
    Cela dit, il y a une chose que j'ai trouvée géniale dans ce film, c'est la façon dont elle a montré l'univers de quelqu'un qui vivait il y 250 ans et comme elle est arrivée à nous le rendre hyper moderne. Je pense que la B.O. avait donc une réelle raison d'être, au delà du côté "je suis trop branchée".

    Posté par La Chataigne, 13 février 2007 à 18:24
  • Trop d'accord avec moi-même

    Encore une fois, si Sofia Coppola se la joue trop branchée, c'est qu'elle est vraiment trop branchée, faut dire ce qui est. Elle fricote avec la crème de la crème des modeux, est elle-même styliste, son mec est musicien (pas top, à mon goût, mais il est frenchie, donc top glam), tous ses potes sont hypes...
    Quant à la musique, c'est son enfance, c'est les eighties, c'est punk, c'est new wave, c'est no wave, c'est Brit, c'est New York, c'est tout sauf Versailles et c'est ça la valeur ajoutée de la BO, montrer l'aliénation de cette ado grâce à la musique qu'elle est la seule à entendre...
    Quant au clip MTV, je ne suis pas d'accord, dans la mesure où on ne retrouve aucun des codes de la chaîne musicale ( images saccadées, débauche d'effets spéciaux et gratuits, musique commerciale) dans ce film. Au contraire, c'est très académique, mais en version punk.

    Posté par Mr. Brown, 13 février 2007 à 19:05
  • Ce n'est pas un mauvais film. Il y a même quelques passages réussis où l'on retrouve son talent, mais je n'ai pas accroché cette fois-ci. Question de point de vue

    Posté par Wilyrah, 15 février 2007 à 01:22
  • Et les pompes ? ...

    J'ai accroché sur ta version/vision du film. Je me suis sentie toute nue et seule comme cette jeune fille qui se dépouille de tout pour endosser cette nouvelle vie (qu'elle n'a pas choisie au passage). Faut avouer (j'sais pas pour vous) mais si on m'enlevai ma famille, tout ce qui me rattache a mes racine, que l'on m'infligerai le lever et coucher en publique (ah l'étiquette et ses joies), que l’on me parlerai le bon françois et que mon mec ne me toucherai jamais… Ne sais pas si je n’aurai pas fait pareil moi.
    Bon en tout cas qui a vu les converses ? Ah ah y’en a pt’être qui font moins les malins

    Biz Brown

    Posté par kounette, 20 février 2007 à 15:24
  • Très joli texte sur un très beau film.... et je suis entièrement d'accord avec toi Mr Brown, Sofia Coppola aurait pu se contenter d'être "la fille de..." alors qu'elle a un vrai talent. Elle a eu sûrement des facilités pour l'exprimer mais elle a également le courage de l'exprimer sachant qu'on l'attend toujours au tournant ! Alors je lui dis "Bravo !"....

    Posté par La Rimule, 24 février 2007 à 10:13
  • Vous me donnez envie de me faire une opinon par moi même...

    Posté par laurie, 26 février 2007 à 04:32
  • Sofia

    Je ne sais pas si tu es deja venu du coté de chez nous (la vie d'ici) mais je fais un mémoire sur les films de Sofia Coppola pour un Master Cinema. J'ai beaucoup aimé ton texte et je retrouve dans mes recherches et dans mes reflexions plusieurs idées similaires.
    "Sofia Coppola, depuis son premier film en tant que réalisatrice, ne parle que d'elle. Et elle en parle magnifiquement. Comment expliquer les sifflets et les quolibets, alors, autrement que par la jalousie ? Tout le monde rêve d'être à sa place et personne ne comprend qu'elle est irremplaçable. Que c'est justement son parcours de pauvre petite fille riche qui fait ce qu'elle est. Et au lieu de la remercier de vouloir partager cela avec tous, tous lui en veulent de ne pas avoir vécu sa vie.", ce que tu dis là j'y avais pensé sans le dire comme cela.
    Je suis d'accord avec les autres commentaires qui disent que Sofia Coppola est une artiste qui arrive à se débarrasser de l'image du père. Un père qui reste en soutient, en producteur mais qui laisse faire.
    Mon travail sur ses films me plait, je découvre pleins de choses très intéressantes. Il n'y a peut etre que Lost in Translation qui m'ait laissé un peu sur ma faim.
    En tout cas, bravo pour Sofia Coppola, elle traite très bien de la vie de ces jeunes filles égarés.

    Et bravo à toi pour ce beau texte.

    Posté par Bertrand, 16 mars 2007 à 10:43
  • Un clin d'oeil à notre Marie-Antoinette

    Grande fan de votre Dame Chacha, je vous invite pour une petite ballade chez moi.
    Mon inspiration pour cette création émane de ce film très esthétique et léger.

    Posté par Sophie, 11 juin 2007 à 21:35

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