When the Lights Go Out

De la musique, du cinéma, des rencontres, des endroits, des lectures ; tout ce dont on se rappelle quand on ferme les yeux.

14 octobre 2006

BRICK

brique

The Brick and The Brock

En 1996, Rian Craig Johnson a 23 ans et un diplôme de fac de ciné en poche : il ne perd pas une seconde et décide de s'attaquer à son premier scénario. Grand fan de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett, il veut écrire un film noir (polar en français) mais pour mieux coller au style des maîtres du genre (et aussi parce qu'il n'a pas de logiciel scénaristique et qu'écrire sur word un scénario devient vite une véritable torture), il se tourne vers l'écriture d'une nouvelle.
Ecrite à la première personne, cette première ébauche qui ne sera presque pas retouchée (hormis quelques dialogues et surtout le titre, raccourci car The Brick and The Brock était jugé détestable par ses collaborateurs) devient presque dix ans plus tard un film transgenre, où les années 40 et 90 se télescopent et se rencontrent sur le terrain du teen-movie.

Not another teen-movie

Pourtant, Brick est tout sauf un teen-movie : si les protagonistes vont au lycée, on ne les voit jamais en cours, on ne les voit jamais faire du sport ni danser au bal de fin d'année. Ils errent dans des couloirs déserts, ne vivent pas au rythme des sonneries et se retrouvent de préférence à la nuit tombée. Au lycée de San Clemente, en Californie, le soleil ne brille jamais, il se tient derrière les nuages ou, au mieux, se couche.

Film Noir

C'est donc à un véritable policier auquel on a affaire ici. La galerie de personnages atteste de l'attachement presque académique au genre. Le privé ; il porte en lui une profonde blessure qui le rend obsessionnel, froid et diablement attachant (joué par Joseph Gordon-Levitt, acteur hors-du-commun-au-talent-immense révélé en 2004 par son rôle dans Mysterious Skin). La femme fatale ; sublime, aguicheuse, double-jeu et folle amoureuse du héros (Nora Zehetner, qu'on a très envie de revoir au plus vite). L'indic ; il sait tout, c'est à la fois l'acolyte et l'admirateur du privé. Le caïd ; on ne parle que de lui, mais personne ne sait qui il est ni à quoi il ressemble. Le flic ; joué par Shaft himself (pas Samuel L Jackson, non : Richard Roundtree, le Shaft de 1971), qui hausse le ton et menace le privé après avoir essayé de se le mettre dans la poche.

L'histoire

Le film s'ouvre sur une Ophélie gisant morte dans un cours d'eau. Brendan, qui ne vivait que pour elle, va se lancer à tombeau ouvert dans la quête de l'assassin qui le mènera dans le monde sous-terrain de sa paisible ville. Petites frappes, brute épaisse, garce manipulatrice, entretien musclé avec le proviseur ("le flic") : sa descente aux enfers -typique du genre- l'amènera à découvrir l'horrible vérité, mais aura-t-il droit au salut final ?

J'ai plus de repères

Tous les personnages à l'exception du proviseur sont des ados, pourtant catapultés dans un monde adulte, sans réels repères. Comme lors de ce goûter où le bon, la brute et le truand se retrouvent en surface autour d'un jus de pomme après une scène lynchienne en sous-sol, d'une rare violence. Le montage en flashbacks ajoute encore à la confusion et à la perte de repères. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si l'on voit le héros passer son temps à regarder l'heure, en une vaine tentative de maîtriser le cours des événements. Et s'il semble toujours se tirer d'affaire, ce n'est qu'en apparence, car il ne peut échapper à son sort.

J'ai oublié de vous dire

Enfin, on ne peut pas évoquer Brick sans parler des dialogues, délicieusement surannés, qui sortent comme par magie de la bouche d'ados des années 2000, ni de la photographie, qui fait plus penser à la noirceur de Blue Velvet qu'à la fraîcheur de Virgin Suicides.
Noirceur, désespoir, froideur : c'est du film noir, on ne le programme plus nulle part, mais il reste toujours le DVD en import ou très certainement plus près de chez nous dès mars prochain, si vous pouvez tenir jusque là et si je ne me suis pas gourré dans mes calculs.

Posté par A Dude à 00:26 - Moins grand écran - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • Cet article est carrément excellent (non, je ne dis pas ça parceque c'est toi mon chéri qui l'as écrit )) !
    Un mega extra giga bonus pour tes liens fabuleux... que d'esprit, que d'esprit !

    XXX
    Ta Ouaïfe

    Posté par La Châtaigne, 14 octobre 2006 à 12:43
  • Trés bon le texte, c'est super vendeur !!
    L'assistante commerciale que je suis meure d'envie de perdre ses reperes avec des mioches terribles. Encore un bon toyo ! Sinon petit message plus perso j'ai pas pris le numéro alors quastion : comment qu'on fait ?

    Bon week ciao

    Posté par Kounette, 14 octobre 2006 à 14:16
  • Un bon article sur un film qui a l'air de l'être lui aussi, mais qui malheureusement n'est pas bcp diffusé. Décidément.. Va falloir revoir la prog dans les salles de la ville rose.

    Posté par Wilyrah, 14 octobre 2006 à 23:26
  • ça me tente, je ne connaissais pas. (le titre de ton post est digne de Libé.... )

    Posté par iso, 15 octobre 2006 à 21:28
  • @ Iso : je ne pense pas me tromper, tu fais allusion au sous-titre "The Brick and the Brock", non ? En fait (le post étant intitulé BRICK, voir au dessus de l'illustration), c'était le titre de la nouvelle originale, si j'ai bien compris (les jeux de mots de Mr Brown sont en fait bien plus drôles que ceux de Libé... ;-D) !

    Posté par La Châtaigne, 16 octobre 2006 à 08:48
  • Don't worry jolie Chataîgne, je suis absolument convaincue de la bonne santé des synapses comiques de ton husband et par ailleurs, très fan des jeux de mots bidons en anciens francs.

    Posté par iso, 16 octobre 2006 à 10:47
  • Jeux de mots, jeux de marmots

    Merci, Chacha, de voler à mon secours ! En effet, c'est le réalisateur qui voulait faire un jeu de mots pour le titre du film et tout son entourage l'en a dissuadé (fort heureusement).
    Mon jeu de mots à moi, cela dit est dans l'illustration du post: si, si, regardez bien, c'est un assemblage de ... briques !

    Posté par Mr. Brown, 16 octobre 2006 à 11:08
  • ;-p

    Euh, chéri, t'es sûr, là ?...

    Posté par La Châtaigne, 16 octobre 2006 à 18:06

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